Comme chaque année depuis 1991, en cette rentrée universitaire souvent synonyme de vote de nouveaux budgets, l'organisme Improbable Search vient de décerner ses fameux Ig Nobel Prizes. Si par hasard vous n'étiez pas familier du concept, sachez que les Ig Nobel, au nom basé d'une part sur la référence évidente à l'inventeur de la TNT, et de l'autre à l'homophonie du terme avec le mot anglais ignoble, récompensent chaque année les travaux scientifiques les plus improbables. Des forces nécessaires pour tracter un mouton sur différentes surfaces à l'impact d'un visionnage de l'intégrale de Star Wars sur le système nerveux d'une sauterelle, la cérémonie en vint et un ans d'existence couronné depuis longtemps le règne de l'absurde dans la science. Sans malice toutefois, puisque Improbable Research veut avant tout célébrer la science "qui fait rire, puis qui fait réfléchir".
Rendez-vous devenu habituel, en ce 29 Septembre se tenait donc la 21° cérémonie de remise des prix, placée cette année sous l'égide de la noble matière qu'est la chimie. A cette occasion unique était donc dévoilé en avant-première mondiale l'Opera contemporain "Chemist in a Coffee Shop". Un futur grand succès à n'en pas douter. Pour dire si le rendez-vous est désormais reconnu, quasiment chacun des vainqueurs avait sur place un représentant pour venir récupérer son prix, et la cérémonie en elle-même n'était sponsorisée par rien de moins que Google et Microsoft Research.
Cette nouvelle année a donc vue la remise de 10 nouveaux prix, dont voici immédiatement la liste des heureux élus ayant accédé à cette nomination unique :
- En physiologie : Anna Wilkison (Angleterre), Nathalie Sebanz (Pays-Bas), Isabella Mandl et Ludwig Huber (Autriche) pour leur étude laconique : Aucune évidence d'un baillement contagieux chez la tortue charbonnière à pattes rouges
- En chimie : Makoto Imai et son équipe du Japon, pour avoir avec succès déterminé la concentration idéale de Wasabi à placer en suspension dans l'air pour réveiller des personnes en cas d'incendie ou autre urgence, et pour avoir appliqué le procédé pour breveter un système d'alarme d'un tout nouveau genre.
- En médecine : Mirjam Tuk, à la tête d'un équipe multiculturelle provenant tout à la fois de l'Angleterre, des Pays-Bas, de la Belgique et des USA. C'est sans doute cette richesse culturelle qui leur a permis de découvrir que les gens prenaient de meilleures décisions sur certains sujets, mais faisaient également de plus mauvais choix sur d'autres sujets, lorsqu'ils avaient une forte envie d'uriner.
- En psychologie : l'éminent professeur Karl Halvor Teigen de l'université de Tokyo pour son étude "Un soupir est-il juste un soupir ? Le soupir comme signal émotionnel et réponse face à une tâche difficile" visant à comprendre pourquoi, dans la vie de tous les jours, les gens soupirent.
- En littérature : venu de l'université de Stanford, le professeur John Perry et sa théorie de la procrastination structurée, parue sous le titre "Comment procrastiner et toujours avoir quelque chose à faire". Selon sa théorie, pour faire de grandes choses, il convient de toujours travailler sur quelque chose d'important, pour éviter de travailler sur quelque chose d'autre d'encore plus important. On suppose que c'est ce qu'il a fait avec cette étude.
- En biologie : Darryl Gwynne et David Rentz, deux chercheurs australo-canadiens, qui ont découvert une espèce de scarabée qui cherche désespérément à copuler avec une marque de bouteille de bières australiennnes en particulier. Et en ont bien sûr fait profiter le monde dans leur étude "Les scarabées dans la bouteille : le bupreste mâle confond les bières Stubbies et ses femelles".
- En mathématiques : un prix collégial pour Dorothy Martin, Pat Roberston, Elizabeth Clare Prophet, Lee Jam Rim, Credonia Mwerinde et Harold Camping, qui ont successivement prédit la fin du monde pour 1954, 1982, 1990, 1992, 1994, 1999 et finalement pour le 21 Octobre 2011. Mauvais joueurs, ils sont les seuls à n'être pas venus réclamer leur prix.
- Pour la paix : Arturas Zuokas, maire de Vilnius, pour avoir définitivement résolu le problème des voitures mal garées sur sa commune en les écrasant avec un tank, et pour avoir montré son exploit au monde entier.
- Pour la sécurité publique : John Senders de l'université de Toronto, pour une expérience sobrement intitulée "La demande d'attention de la conduite automobile", et consistant à faire circuler des conducteurs sur une voie à grande vitesse tandis qu'une visière tombe régulièrement sur leur visage pour les aveugler.
Un grand cru donc que cette année 2011 !